OBSERVER fait bonne presse!!!
Par Marion Casabianca, jeudi 19 novembre 2009 à 03:01 :: Mon Actualité :: #21 :: rss
Voici notre première critique sur OBSERVER, la création de Bruno Meyssat dans laquelle je me produis en ce moment au Théâtre de Gennevilliers.
Cette journaliste de l'Humanité était là le soir de la première et ma foi j'en suis ravie!
Un autre critique était présent à la représentation de ce soir et a (apparemment) été très touché par notre travail... affaire à suivre.
Je vous laisse découvrir cela en espérant que cela vous donne envie de venir!!!
L’HUMANITE – le 16 novembre 2009
"Bruno Meyssat et le théâtre du Shaman construisent un théâtre visuel fort pour dire notre rapport à la catastrophe, celle d’Hiroshima, qui équivaut à l’enfer."
"Les heures ont passé mais difficile de laisser derrière soi cette scène liminaire d’Observer, de ne pas en être encore blessé. Le regard empli, étincelant de peine, un homme, que ses semblables allongent au centre de bûches, nous fixe longtemps, longtemps… Ce qu’il a vu, vécu dépasse l’entendement, les mots. Toute représentation. Laquelle est impossible pour « ces trous noirs, constate le metteur en scène Bruno Meyssat, qui apparaissent quand une réalité et la suivante ne concordent plus ». Trou noir, catastrophe, songeons, observons en nous-mêmes, en autrui celle qui a lacéré le réel et détruit la ville d’Hiroshima le 6 août 1945…
Qu’advient-il de cet événement, « saut dans le vide de l’Humanité » écrit encore Meyssat ; que se passe-t-il sous la stupeur qui nous submerge en écoutant les témoignages des victimes ? À l’écart de l’évocation, de la verbalisation, Observer, et c’est la marque de l’équipe du Shaman ici à l’œuvre, construit pour réponse un théâtre visuel fort. Il y a donc cet homme nous marquant de son regard et dont le nôtre reconnaît la douleur. Il y a le décor, éléments de vie déconstruits, épars, blafards, impossibles à rassembler, à ranimer, recouverts de la poussière de l’irréparable. Panneaux, bouts de cuivre, lavabo, tricycle, miroirs incongrus… Et valises débordant de dents, bocaux où stagne une eau trouble. Une lumière de désolation règne sur l’ensemble, qui emprunte au monde des fantômes peuplant la littérature classique japonaise fantastique. Un univers qui gagnerait peut-être, parfois, à baisser en intensité pour que nous soient plus sensibles, lisibles les comportements mutiques des personnages. Ils sont écoliers à l’ardoise, (sur)vivants hagards se débattant avec leur organisme, cherchant à se couvrir du sol même… Ou encore des créatures intemporelles renouant avec les morts au fil d’une sollicitude feutrée, étrange, en protégeant de paille les corps ou en leur proposant l’eau comme rituel lustral. Tous semblent évoluer au sein d’un laboratoire déroutant : d’au-delà du récit et d’après l’impensable chaos. Où les gestes appliqués, répétés jusqu’à en être vains, de protagonistes au tact indicible et poignant, propagent des sensations aiguës n’éludant rien de la souffrance humaine, dont l’âme est ici à nu sans le recours au langage. Des mots, il en surgira pourtant mais dans le noir la plupart du temps. Voix d’auteurs, de poètes japonais anciens, ou de Togé Kankichi, victime de la bombe. Et paroles des habitants d’Hiroshima racontant ce qu’ils faisaient juste avant l’abominable épreuve… et l’irréconciliable de ces deux temps. Après, ce sera l’attente interminable, l’enfer alentour, également décrit par des médecins et des scientifiques dont s’entendent le choc et le désarroi."Aude Brédy
Jusqu’au 29 novembre au Théâtre de Gennevilliers, 41, avenue des Grésillons.
Réservations : 01 41 32 26 26.
Métro Gabriel-Péri. Mercredi, vendredi, samedi à 20 h 30, mardi et jeudi à 19 h 30 et dimanche à 15 heures

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